Candice Colin Portrait - Clean Beauty - WE ARE CLEAN

5 questions à Candice Colin, co-fondatrice de l’appli Clean Beauty

Vous avez été la première à mettre au point une application pour décrypter les cosmétiques, comment vous est venue l’idée ?

C’est avant tout le travail d’une équipe scientifique ayant su identifier une attente majeure des consommateurs. Nous étions des formulateurs, très engagés dans les problématiques de multi-expositions chimiques auxquels les cosmétiques participent. Nous recevions beaucoup de questions sur la composition des produits de soin et d’hygiène, de la part des consommateurs. Nous avons pensé qu’une appli de décryptage pourrait être particulièrement utile pour répondre à cette attente que nous pressentions extrêmement forte. Une attente que j’avais moi-même, puisque mon engagement pour la transformation de l’offre des produits du quotidien est né de ma rencontre avec l’une de mes associés, docteur en pharmacie industrielle, à l’heure où l’on venait de diagnostiquer des troubles cognitifs extrêmement sévères à mon fils ainé. Nous nous sommes interrogés sur l’origine de ces troubles alors que, parallèlement, de nombreuses recherches montraient le rôle des perturbateurs endocriniens dans certains dysfonctionnements du cerveau.

Très vite l’appli, en contact direct avec les consommateurs, a ouvert la discussion sur les ingrédients controversés. Nous répondions instantanément à leurs questions. Le succès a été immédiat, sans aucune publicité. Aujourd’hui, Clean Beauty a atteint plus d’1 million de téléchargements.

En quoi Clean Beauty est-elle différente des autres applications ? 

Elle ne note pas les produits cosmétiques. Elle analyse la liste des ingrédients et identifie la présence d’ingrédients controversés. Clean Beauty s’appuie sur la liste imprimée sur le produit et non pas sur le code barre, comme le font d’autres applis. Pas d’erreur possible sur la composition sauf si la photo est mal prise. Clean Beauty permet au consommateur d’analyser sur place ce qu’il a entre les mains. L’appli fournit en plus des informations précises, rigoureuses et scientifiques sur les ingrédients grâce à la documentation très performante de notre laboratoire. 

Vous avez fait le choix de signaler uniquement la présence d’un ingrédient controversé, sans indiquer son pourcentage et sans donner de note, pourquoi ? 

Pour nous, ce n’est pas le pourcentage mais la présence de l’ingrédient qui pose question. Et surtout la multi-exposition globale et générale de l’individu à cet ingrédient. Aujourd’hui, on est en train d’assister à une évolution de l’évaluation du risque chimique. Le célèbre précepte de l’alchimiste Paracelse « c’est la dose qui fait le poison » est battu en brèche par le non-contrôle de notre exposition et par les perturbateurs endocriniens qui s’affranchissent de cette règle, l’exposition à faible dose, semblant plus problématique qu’à haute dose.  Au-delà de ce problème, il y a aussi celui d’interaction entre les ingrédients, c’est l’effet cocktail.

En ce qui concerne les cosmétiques, une femme applique jusqu’à 200 ingrédients différents sur sa peau par jour. A cela s’ajoute l’exposition à d’autres substances dans l’environnement (aliments, produits ménagers, ameublement…). Notre appli ne note donc pas, elle informe : « ce cosmétique contient des ingrédients controversés qui viennent s’additionner à votre exposition globale ».  

Quels sont vos projets ? 

Clean Beauty reste telle qu’elle est avec, bien sûr, une remise à jour perpétuelle des informations en fonction des évolutions scientifiques et règlementaires. En revanche, nous avons créé un autre outil de pilotage pour les marques de beauté, et leurs services de recherche et développement. Beautylitic est un logiciel pour les aider à nettoyer les formules de tous leurs produits afin que tous les ingrédients controversés disparaissent. On sait que l’ingrédient d’un produit cosmétique est le second critère d’achat après le prix. L’industrie est donc obligée de transformer son offre sous la pression des consommateurs. L’étude des produits ménagers est aussi un sujet mais il est très difficile d’accéder à leur composition.

Quelle est pour vous l’urgence aujourd’hui ?

Les perturbateurs endocriniens, des substances impalpables qui sont très complexes. Il y a des effets cocktail entre eux mais aussi avec d’autres substances et facteurs environnementaux. Ils sont incriminés dans de nombreuses maladies et on sait que leurs effets se déclarent sur plusieurs générations. A mon sens, les marques n’en font pas assez une priorité. C’est un enjeu majeur, une priorité de santé publique et le principe de précaution devrait prévaloir.

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