Les ingrédients clean : décryptage et bénéfices

Les cosmétiques, suivant la tendance de la Clean Beauty, sont installés dans le paysage de la beauté et répondent à une vraie demande des consommateurs. L’arrivée des applications pour décrypter la composition des produits a entrainé une révolution des comportements et de l’industrie. Cela a été bien plus facile et rapide de savoir directement, par soi-même si un produit était clean ou pas ! Au-delà de cette première étape, la curiosité a été de mise concernant les ingrédients…Un vaste nouveau monde s’ouvrait.

Quels sont ces ingrédients clean et leurs atouts ? Petit rappel en préalable quant aux ingrédients controversés.

USA versus Europe – La liste noire des ingrédients

“How toxic are your cosmetics?” Traduisez « Quelle est la toxicité de vos produits cosmétiques ? », les américains n’y vont pas par quatre chemins et utilisent des termes chocs. Certains cosmétiques sont même estampillés ‘Risk-free’ ‘sans risque’ ! Impensable en France, la législation ne le permettrait pas. Si l’on prend une des marques emblématiques du clean outre atlantique, comme Drunk Elephant, ils ont communiqué sur les « Suspicious 6 », soit les six catégories d’ingrédients non clean et exclues de leurs produits : l’alcool, les sulfates, les silicones, les écrans solaires chimiques, les huiles essentielles, les parfums/colorants. L’essentiel est dit. Cependant en France nous en ajoutons beaucoup d’autres ! (Le phénoxyéthanol, les nanoparticules, les perturbateurs endocriniens comme les parabens, le formaldéhyde, les phtalates, etc.).

L’éviction des huiles essentielles mérite d’être considérée. Leur efficacité est grandement reconnue, elles sont composées de molécules puissantes mais leur potentiel allergène fait que les marques dites ‘clean’ préfèrent s’en passer et que les marques naturelles sont de plus en plus nombreuses à proposer un ou plusieurs produits de leurs gammes sans huiles essentielles.

Une fois ces exclusions en tête, cap sur les ingrédients non controversés. Quelles sont ces molécules sures et efficaces ?

Les ingrédients non controversés

Comme le rappelle fréquemment Candice Colin, fondatrice de l’application Clean Beauty : « Notre position a toujours été claire, nous ne notons pas le produit, car nous considérons que le problème n’est pas le produit, mais l’ingrédient » et de préciser « ll faut avoir une réflexion globale et prendre en compte l’exposome (qui regroupe la totalité des expositions à des facteurs environnementaux) ». Dans la clean beauty, on trouvera donc des ingrédients naturels, issus du monde végétal, et surtout des ingrédients biomimétiques que la peau reconnaitra et qu’elle pourra donc mieux assimiler. Le distributeur de cosmétique clean américain Follain les décrit ainsi : « Il s’agit d’alimenter notre peau avec de véritables formules riches en vitamines, minéraux et nutriments qui contribueront à la nourrir et à l’améliorer durablement ». 

Les extraits de plantes et actifs végétaux (fleurs, feuilles, racines, fruits, etc.)

Beaucoup ont fait leurs preuves et leurs vertus sont bien connues du grand public : aloé vera, miel, centella asiatica, argan, figue de barbarie, calendula, etc. La liste est longue !

L’enjeu concerne bien sûr la pureté, le mode d’extraction et l’acheminement des extraits. Il est pour le moment difficile de savoir si les marques font de l’extraction verte, c’est-à-dire sans solvants chimiques. Cela est rarement indiqué toutefois davantage par les jeunes marques, ces deux dernières années. Ainsi la marque dermatologique clean et biologique Alaena utilise les graines germées issues de la biotechnologie (culture d’actifs, d’organismes vivants dans un bioréacteur), pour un effet profondément réparateur.

L’intérêt des technologies vertes 

Ces nouvelles technologies permettent de dupliquer une plante en grande quantité, ce qui est fort utile lorsque l’espèce est menacée. De plus, si demain toute l’industrie cosmétique passait en mode naturel, ce serait l’épuisement des ressources assuré ! Sans compter que les terres dédiées à la production alimentaire sont la priorité, avec un horizon de 10 milliards d’humains à nourrir d’ici 2050, selon les statistiques. D’où un bel avenir pour les biotechnologies ainsi que pour les fermes urbaines verticales, dont la cosmétique pourra valoriser certaines parties non utilisées des plantes. Un autre avantage important est la réduction de l’impact carbone.

L’importance de la récolte et de l’extraction

Pour une efficacité optimale des plantes, la récolte est cruciale. Plusieurs marques s’approvisionnent directement dans leurs propres jardins ou terres, un gage de qualité. Dr Hauschka, Weleda et Jurlique travaillent les plantes en biodynamie. Cette approche, de plus en plus usitée en viticulture notamment, tient compte des semences, du biotope, du jardinage, de la période de récolte, de l’influence de la lune, etc. Elle place la plante au cœur du vivant, en lien avec l’agriculture et l’univers. Ainsi certaines plantes récoltées à la rosée du matin auront des vertus sublimées tandis que pour d’autres ce sera en fin de journée.

Yves Rocher, Sothys, Sanoflore cultivent des plantes aromatiques et médicinales bio. L’extraction pour cette dernière se fait avec des techniques respectueuses de l’environnement. Même Lancôme et Clarins ont récemment acheté des parcelles afin d’être au plus près des plantes et de pouvoir observer leur développement, sous différentes latitudes et températures (80000 hectares dans les Alpes pour le domaine Clarins).

La terre, enjeu de demain ?

CB.extraits de plante

Clairement oui. Dans les extraits de plantes, fruits, légumes, oléagineux, et aussi les fabuleuses huiles végétales biologiques et les macérât huileux (l’infusion de plantes ou de parties de végétaux dans une huile végétale pour en extraire ses principes actifs). De quoi obtenir la quintessence du végétal avec un effet immédiatement reconnu et absorbé par la peau, puisque qu’il est l’ingrédient unique bienfaisant, concentré de vitamines et d’antioxydants.

Les actifs phares 

Vitamine C, acide hyaluronique, rétinol, resvératrol, peptides, collagène…presque tous ont leur pendant végétal (seule la vitamine C est majoritairement d’origine synthétique car difficile à stabiliser). Depuis trois ans, il y a un vrai engouement sur le rétinol végétal ou phyto-rétinol : le bakuchiol, issu de la graine du babchi, une plante indienne utilisée en médecine ayurvédique et chinoise. Concentrée entre 0,5% et 2%, son efficacité serait comparable au rétinol synthétique, avec l’avantage de ne produire aucune irritation. Citons aussi le collagène marin, très présent dans les compléments alimentaires. Les algues deviennent d’ailleurs un ingrédient star (cela fait des années qu’on le dit !), tant dans l’assiette pour leur haute valeur nutritive que sur notre peau pour la régénérer et la reminéraliser (les bienfaits de la thalassothérapie sont plus qu’avérés…).

Les conservateurs

En version naturelle, ils sont souvent remplacés par de l’alcool et des huiles essentielles, des irritants possibles. Certaines jeunes marques plébiscitent les ferments issus de la racine de radis (leucidal) pour conserver leurs produits. La solution ultime étant de se passer de conservateurs, comme c’est le cas dans les produits anhydres (sans eau), les fameux ‘solides’. Dont les savons tout simplement. Néanmoins les produits solides comme les shampoings sont controversés quant à leur ingrédient sodium cocoyl isethionate (à cause du procédé de fabrication ‘éthoxylé’ – fait à partir d’un gaz très réactif, toxique, cancérigène et mutagène, l’oxyde d’éthylène. Sans parler de leur écotoxicité). Rien n’est parfait et d’autres solutions arrivent ! Les textures à base de poudre sont aussi une bonne alternative aux formulations avec des conservateurs (attention toutefois à vérifier qu’il n’y ait ni métaux lourds ni irradiation).

La question de l’éthique

Un ingrédient peut-il être considéré clean s’il a un fort impact environnemental et s’il est irrespectueux humainement ? Non ! Il doit être aussi fabriqué de façon ‘propre’ dans tous les sens du terme. Par exemple la poudre de mica, très utilisée en maquillage, est souvent extraite par des enfants. D’où l’intérêt de vérifier comment les ingrédients ont été fabriqués. Dans ce cas précis, de s’assurer que la marque a rejoint l’association « Responsible Mica Initiative ».

L’approche bio

La certification Ecocert / Cosmebio d’un produit apporte la garantie que 95% des produits sont d’origine naturelle. Cela offre une réassurance quant à l’usage d’ingrédients clean. Reste les 5% d’ingrédients issus de la pétrochimie qui sont autorisés, et dont la liste est appelée à évoluer. Par exemple les ammoniums quaternaires, des composés dérivés de l’ammoniac, sont autorisés en bio par le label Cosmos dans leur version végétale. Alors que ces molécules, les ‘Quats’, peuvent être toxiques à certains niveaux de concentration et que leur bilan carbone est médiocre (l’extraction est très polluante, ils sont non biodégradables, tout comme les silicones qu’ils remplacent).

Réduire le nombre d’ingrédients 

Quitte à souhaiter des ingrédients clean dans un produit, autant chercher à ce qu’il y en ait le moins possibles.  

« Less is more », « moins c’est mieux »

C’est l’assurance d’éviter de faire subir à sa peau une ‘soupe cosmétique’ dans le jargon du métier ! Car si vous regardez de près la composition d’un produit cosmétique, vous serez surpris de voir tout un tas d’ingrédients participants au liant, à la stabilité, à la sensorialité et bien sûr à l’efficacité d’une formule. Comme des polymères, de la glycérine (hydratant), de la cellulose (agent de charge). Mais aussi des surfactants, émulsifiants, émulsionnants, émollients, relipidants, agents de toucher, agent rhéologique, parfums, conservateurs, etc. Même si certains sont d’origine naturelle, la majorité sont sur des supports issus d’huile de palme, ce qui pose un vrai problème. D’autant que cela peut se révéler difficile à détecter dans l’INCI. Il convient donc d’éviter de ‘consommer’ des produits cosmétiques trop chargés et transformés, à l’instar de l’alimentation et de ses produits ‘ultra transformés’.

Diminuer les ingrédients naturels 

Ce geste permet de minorer également les risques de réactions, d’allergies et d’interactions possibles (également avec l’ensemble des molécules auxquelles l’humain est exposé tout au long de la journée et de la vie) ! Sans oublier que cela permet aussi de réduire l’empreinte carbone, liée à la provenance, l’extraction et le transport des matières premières. Des marques récentes proposent des produits clean aux nombre d’ingrédients réduits.

Le fait maison

On peut aussi faire soi-même ses propres cosmétiques, le fameux D.I.Y (Do It Yourself). Le Cérat Galien à l’eau de rose comporte par exemple cinq ingrédients et se fait avec grande facilité pour une efficacité nourrissante optimale.

CB.fait maison

Quid de l’efficacité ?

Il n’y a pas d’ingrédient universel ni d’ingrédient miracle ! Hormis pour les huiles végétales, un ingrédient utilisé seul n’est pas toujours gage d’efficacité. Son activité peut être renforcée dans une forme galénique, sans parler de l’effet sensoriel augmenté qui contribue grandement à l’appréciation et l’utilisation d’un produit. Lors de son lancement en 2010, la marque État Pur proposait une bibliothèque d’actifs purs, à combiner à des bases en fonction des besoins (soins de jour, nettoyant, etc.). Ce qui est aussi le propre du D.I.Y. ou l’art et la manière de faire sa propre recette en combinant actifs et textures pour un résultat sensoriel et efficace.

L’avenir des ingrédients Clean ? Ceux qui feront du bien à notre microbiome ! Cette communauté des milliards de micro-organismes qui vit à la surface de notre peau. Des ingrédients sur-mesure, qui favoriseront la prolifération de ‘bonnes’ bactéries et l’homéostasie, le juste équilibre du corps et de la peau.

Et pourquoi pas à présenter dans un environnement clean ? En 2017, la marque coréenne DrJart+ a proposé une expérience 100% clean dans son concept-store de Séoul : l’air était purifié, les visiteurs prenaient une douche d’air à leur arrivée, la lumière était naturelle et de l’eau purifiée était à disposition des clients. Un concept qui pourrait bien s’étendre en ces temps d’épidémie !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *